Shiraz – 10h30 :
L’eau tiède s’écrase sur ma tête encore dans les vapes, j’émerge ! Je descends dans la cour intérieure de mon hôtel et demande un café. Euh pardon, un « french coffee », un luxe ici ! Je m’apprêtais a dévorer mon canard enchainé lorsque j’aperçois un jeune homme a l’autre bout de la cour, me faisant signe de le rejoindre ; le canard attendra… Il s’appelle Nima et parle un anglais impeccable. A 28 ans, il a déjà exercé tout un tas de métiers : carreleur, technicien, photographe, vendeur et cameraman. Il me montre avec fierté son nouveau joujou qu’il vient tout juste de recevoir. Un Canon EOS dernier cri qu’il a payé avec ses 6 derniers salaires. C’est un passionné. Il me montre ses photos, des portraits pris sur le fait: Canons ! Au bout de 10 minutes, il me propose de l’accompagner pour tester l’engin en ville. Je le suis sans réfléchir…
Il m’apprend que les vieilles ruelles sont très dangereuses le soir. Bon, c’est pas comme si je les avais pas prises la veille…On continue de marcher, shoots de son côté, rushs du mien, ca mitraille à tout va! Il m’entraine jusqu’à l’échoppe d’un commerçant célèbre, à vrai dire la star du coin, qui est le même mec que celui de la page 1 Lonely Planet. Et en plus, ses raisins secs sont dingues ! Apres moult rigolades et calembours, nous repartons en direction du grand bazar. Plus haut, mieux décoré, on y respire bien mieux que celui de Téhéran. Les plafonds voutés et les murs en briques + les magasins devant, ca donne vraiment l’impression d’être dans la caserne d’Ali baba. Je suis comme un gamin. Nima m’explique que chaque détail à son importance. Pour la petite histoire, savez-vous pourquoi on trouve beaucoup de bleu et de jaune dans les mosaïques ? Car ces deux couleurs représentant l’eau et le soleil avaient alors été jugées symboles d’une certaine « déviance païenne ». Les artistes de rues avaient alors utilisé ces deux couleurs pour contester à leur manière contre la censure.
On continue à se balader, il m’explique tout, m’emmène dans des endroits où jamais j’aurai mis les pieds sans lui et me fait rencontrer des personnages, des vraies gueules cassés. Celui qui m’a le plus marqué fut le tout petit vieillard cordonnier rencontré sur le toit d’une des cours du bazar. Son visage est marqué par le temps, ses mais sont usées et recouvertes de suie. 86 ans, il fabrique depuis 74 ans des semelles de chaussures à mains nues: 1 euro la paire. Ce qui explique donc la montagne de pneus qui l’entoure… Si vieux avec l’air humble et paisible, attendrissant. Quand on pense aux revendications et aux manifs qu’on a en France, ça laisse perplexe…
Shiraz : 16h :
Nous venons de rentrer avec Nima. Je lui demande si jeux lui poser quelques questions filmées. Il accepte mais me demande de cacher sa figure si possible. Raison pour laquelle la petite interview ci-dessous sera floutée. La phrase que je retiens le plus est la suivante : « Etre libre c’est le fait de pouvoir se balader dans la rue en tenant la main de sa copine et de pouvoir lui faire un câlin si l’on en a envie. » On gueule quand même souvent comme des chèvres pour pas grand-chose. La semaine prochaine, direction Yazd, dans le désert !
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